Vivre modestement dans un monde d’excès 

Le temps nous échappe et notre liberté se restreint. Nos journées sont éreintantes. Souvent, les achats compulsifs deviennent notre échappatoires. Comme une récompense au dur labeur. « Travailler plus pour gagner plus et ainsi consommer plus » est le mantra que nous impose la société pour répondre à une pression sociale. Si nous ne possédons pas le dernier smartphone, si nous n’exhibons pas une certaine abondance, nous pouvons être catégorisé.e.s comme une personne en échec. Notre vie est rythmée par des notifications nous enchainant à la sur-productivité. Tout devient une urgence : l’e-mail d’un client, une invitation ou simplement des likes sur notre dernière publication Instagram. Je me suis posée la question si tout cela avait un sens à part nous mener vers un burn out de notre propre existence. Et si ralentir était révolutionnaire ?

Une révolution face à la mondialisation

Il existe bien un mode de vie axé sur les principes de ralentir, simplifier, être pleinement présent, la reconnection à soi et à la nature, privilégier la qualité plutôt que la quantité, respecter un équilibre et un bien-être : la Slow Life. Cependant, comme beaucoup de mouvements anti-consuméristes, le capitalisme le récupère pour le transformer en produit de consommation. 

Et pourtant, à l’origine, c’était une critique du rythme effréné de la société moderne et de l’uniformisation de l’alimentation. En 1986, Carlo Petrini, un critique gastronomique, devient président d’une association appelée Arcigola. Elle réunit des oenologues, historiens et sociologues passionnés par les produits bruts et authentiques. Cette même année, les militants d’Arcigola s’insurgent contre l’installation d’un McDonald’s à Rome. Sous le nouveau nom de Slow Food, la stratégie consistait à défendre la cuisine locale et la biodiversité tout en luttant contre les écarts sociaux. Les populations les plus aisées choisissaient leur alimentation tandis que les plus modestes ne se contentaient que de la fast food.

La Slow Life, une tendance marquetée

Plus tard, à partir des années 1990, le mouvement dépasse la seule question alimentaire pour s’étendre à d’autres sphères : le travail, la santé, l’éducation, les loisirs. Le « slow » devient une philosophie globale. Il s’invite dans les blogs, les magazines, les ouvrages de développement personnel. Peu à peu, il se transforme en argument de vente. Yoga, méditation, retraites bien-être, bougies parfumées, carnets de gratitude, planners « mindful » : toute une industrie naît autour de la promesse de ralentir.

C’est là que réside le paradoxe. Un mode de vie censé nous libérer de la pression consumériste devient lui-même un produit. La lenteur s’achète. Le calme se scénarise. La simplicité se met en vitrine. Sur les réseaux sociaux, la Slow Life se transforme en esthétique parfaitement maîtrisée, parfois plus exigeante que la course à la performance qu’elle prétend dénoncer. À force de vouloir bien ralentir, ne sommes-nous pas simplement en train d’optimiser notre lenteur ?

Sources : 

Corby Kummer, Les plaisirs du Slow Food : tradition du goût, goût de la tradition, San Francisco/Paris, Edition du Seuil 2002, p.22.

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